La distance relative qui nous éloigne à présent de la séquence ouverte en octobre 2023 permet de revenir sur certains des affrontements qui ont tant marqué la gauche. Ceux-ci ont principalement porté sur quatre sujets : la signification du 7-Octobre ; les termes de la critique de l’offensive israélienne et la caractérisation de sa nature ; l’actualité de l’antisémitisme et son lien avec les événements en cours en Palestine et au Moyen-Orient ; la place et les responsabilités qui devaient être celles de la gauche et de la solidarité internationale au regard de ces circonstances.
Ce dernier point mérite d’être souligné : l’ensemble de cette séquence a représenté un moment d’alphabétisation politique de masse dans des luttes articulant tout à la fois enjeux de l’écriture de l’histoire, défense des libertés publiques et académiques, défense du droit international, critique anticolonialiste et anti-impérialiste. En d’autres termes, sous le signe de la Palestine, ce moment de politisation, d’engagements et de participations actives renouvelées et diversifiées, est intervenu en contrepoint des basculements fascistes de la période et de leur imaginaire islamophobe à présent voué à toutes les surenchères. D’où son importance déterminante pour la gauche, son vocabulaire, son audience et ses forces.
Depuis octobre 2023, le débat « à gauche » a été marqué par une succession de mises en accusation implacables contre le mouvement de solidarité avec la Palestine en général et contre une gauche organisée aux intentions et aux propositions jugées rédhibitoires. Pour une part importante, ces réprobations ont été le fait d’individus et d’organisations se définissant comme « sionistes de gauche » ou « juif·ves de gauche » (d’où le maintien des guillemets en référence à cette autodésignation). Parmi elles et eux, se trouvent des personnalités publiques (journalistes, juristes, commentateur·ices, écrivain·es) ; des universitaires et des militant·es d’organisations politiques, petites mais reconnues. En dépit de certaines nuances, les un·es et les autres ont eu en commun quatre cibles : le mouvement de solidarité-politisation contre l’offensive israélienne ; la gauche organisée, et plus particulièrement la France insoumise (LFI) ; les prises de position d’universitaires et d’intellectuel·les en faveur des Palestinien·nes et contre le génocide ; et, enfin, la mouvance décoloniale associant organisations juives antisionistes et milieu de l’antiracisme politique.
Dans ces conditions, que peut-on retenir des arguments, des propositions, ainsi que des dimensions organisationnelles de ces interventions « juives/sionistes de gauche » dans la récente querelle de l’antisémitisme ? Voilà ce dont il sera question ici.
Les motifs du différend paraissent nombreux mais peuvent se résumer à quelques divergences initiales insurmontables et, dès lors, chroniques. Les deux premiers concernent, je l’ai dit, la signification historique du 7-Octobre et la caractérisation des intentions et des moyens déployés dans le cadre de l’offensive militaire israélienne. De quelle histoire la terrible journée du 7 octobre 2023 relève-t-elle ? Pour les un·es, celle-ci s’inscrit dans la continuité d’une expérience palestinienne d’enfermement, de guerres, d’humiliation et de dépossession coloniale israélienne. En cela, elle n’est plus généralement compréhensible qu’à l’aune d’une longue tradition de résistances nationales et de combats anticoloniaux. Pour les autres, le 7-Octobre est un pogrom islamiste inspiré par une haine antijuive immémoriale. À ce titre, elle n’est rien de moins qu’une déclinaison tardive du judéocide nazi lui-même. En outre, et dans cette même perspective, les mobilisations solidaires de la Palestine, à des degrés divers, se rendent coupables de la même faute impardonnable, celle qui consiste à ne pas reconnaître l’antisémitisme intrinsèque du 7-Octobre, événement qui échappe à toute caractérisation politique conjoncturelle et, plus encore, à toute logique de lutte armée légitime (dont rien n’interdit par ailleurs de contester, voire de condamner les choix stratégiques). Donc : lutte nationale anticoloniale ou haine génocidaire antisémite sans âge ?
Deuxièmement, la caractérisation de l’offensive israélienne dépend pour une part de ce qui précède : cette offensive n’est-elle que la continuation exacerbée d’un régime d’oppression ultra-militarisé déjà en cours et constitutif de la norme même du traitement des Palestinien·nes depuis quatre générations ? Ou n’a-t-on affaire qu’à la « riposte » rendue nécessaire par une attaque antisémite porteuse d’une « menace existentielle pour la sécurité d’Israël » ? Mais, plus encore, face aux intentions déclarées des politiques et militaires israélien·nes, et à l’ampleur de la logistique mise en œuvre, fallait-il parler d’emblée de réaction légitime d’une raison d’État sécuritaire gravement prise en défaut, ou alors de risque imminent de basculement génocidaire ?
Des intellectuel·les de gauche au secours d’Israël
Ces approches inconciliables se sont affrontées dès octobre 2023. Les hostilités ont probablement été lancées le 16, par l’appel à la « gauche globale » signé par des « progressistes et militants de la paix basés en Israël concernant les récents débats sur les événements dans notre région ». Une soixantaine d’universitaires et personnalités intellectuelles y exprimaient le « désarroi » que leur avaient inspiré l’« indifférence » et l’« insensibilité morale » de diverses composantes de la gauche vis-à-vis des victimes des attaques du 7-Octobre, composantes qui, en outre, refusaient de condamner le Hamas et d’en reconnaître la nature « théocratique et répressive », hostile aux « tentatives de promouvoir la paix et l’égalité au Moyen-Orient ». Le texte rappelait qu’il n’y avait rien de contradictoire entre la condamnation des attaques et l’« opposition résolue à l’assujettissement et à l’occupation israélienne des Palestinien·nes ».
Notons au passage que, malgré leur honorable souci de compassion, les signataires du texte ne jugeaient pas opportun de s’émouvoir du bilan des seuls neuf premiers mois de l’année 2023, durant lesquels le nombre de Palestinien·nes tué·es en Cisjordanie (et singulièrement le nombre d’enfants) avait été sans équivalent depuis 2005, ni de rappeler les morts consécutives aux bombardements de mai sur Gaza, pour ne prendre que ces exemples. Ils ne proposaient pas non plus de tenir compte des seize années de blocus et de violence systématique dirigée contre la bande de Gaza, préférant s’en tenir aux habituelles symétries de responsabilités : il fallait mettre fin au « cycle de violence et de destruction », voilà tout.
En France, l’attaque précoce du philosophe Raphaël Zagury-Orly (30 octobre 2023) contre Frédéric Lordon et Étienne Balibar (et sa préoccupation apparemment excessive pour « le contexte ») a fourni un premier exemple du registre universitaire, ou politico-académique, de la discorde. Les choses ont cependant pris une dimension publique plus bruyante dans les jours qui ont suivi cet appel, autour de la possible caractérisation génocidaire des intentions des dirigeants israéliens. À la suite d’une contribution de Didier Fassin qui envisageait déjà le « spectre d’un génocide » dans un texte paru sur le site d’AOC (1er novembre 2023), six universitaires (deux philosophes, un historien, un politiste, deux sociologues) publiaient leur « réponse ». La sociologue Eva Illouz fit de même dans « Génocide à Gaza ? Eva Illouz répond à Didier Fassin » (15 novembre 2023), paru dans la revue K., qui a constitué, avec le site Akadem, un relais important de la contre-offensive pro-israélienne sur ce terrain universitaire.
Ces réponses, particulièrement celle de Bruno Karsenti et consorts, présentent l’intérêt de regrouper une grande partie d’un argumentaire sioniste familier : Israël a le droit de se défendre et sa guerre est légitime ; Fassin (en revenant sur l’histoire du génocide des Héréros et des Namas en Namibie par l’Allemagne coloniale du début du xxe siècle) conteste le droit d’Israël à exister, contribue à faire du crime de masse un « motif de gloire », rejoint le « négationnisme assumé » auquel avait abouti le « militantisme anticolonial » d’un Roger Garaudy, participe de la « relativisation de la Shoah » avec les « idéologues décoloniaux qui prolifèrent et dont Didier Fassin est l’un des prophètes les plus éloquents », et réactive « le geste antisémite classique » consistant à rendre les juif·ves elleux-mêmes responsables de l’hostilité à leur égard. Celles et ceux qui « prêchent les vertus du cessez-le-feu et de la paix » nourrissent le fantasme de la destruction de l’État d’Israël.
Eva Illouz, chercheuse connue et reconnue, signataire de l’appel à la « gauche globale », s’est montrée très active tout au long de cette séquence. Elle a publié de nombreux articles, entre autres pour la revue K., Le Monde, Philosophie magazine, Marianne, ainsi qu’un opuscule dans la collection « Tracts » de Gallimard, Le 8-Octobre, généalogie d’une haine vertueuse (2024), sans compter ses interventions à la radio publique (pas moins d’une vingtaine entre octobre 2023 et fin 2025). Au fil de ces interventions, elle a étendu sa réplique à l’engagement de Judith Butler, dont, comme pour Fassin, elle n’a pas simplement voulu critiquer, même sévèrement, les positions. Non, elle accusait la célèbre philosophe américaine, qui, début mars 2024, avait participé, à Pantin, à une discussion organisée par un ensemble d’organisations antifascistes, décoloniales et antisionistes, de « se livrer à la supercherie » et de répandre des demi-vérités « permettant le déploiement d’un vaste mensonge ».
Le différend était ici strictement à l’image des positions inconciliables déjà évoquées : pour Butler, en dépit de toute l’angoisse ressentie face aux événements, le 7-Octobre devait être reconnu comme acte de résistance armée ; ne pas le faire, c’était occulter l’ensemble des structures violentes d’assujettissement et de dépossession coloniales et racistes que subissaient les Palestinien·nes. Une telle reconnaissance préalable n’impliquait cependant en rien une acceptation pure et simple des choix tactiques des organisations paramilitaires palestiniennes. Et Butler concluait, lucide : « Ces propos vont m’attirer des ennuis. Mais vous me défendrez, vous me défendrez quand on m’attaquera demain1. » Comme les quelques éléments rappelés ici le font déjà comprendre, ces attaques ne relevaient pas de la polémique entre collègues. Entre « négationnisme », « antisémitisme », « supercherie » et « mensonges », la remise en cause du sérieux méthodologique, de la probité intellectuelle et de l’éthique, de Fassin ici et de Butler là, visait à porter un coup fatal à la réputation et à la crédibilité scientifique même de ces adversaires.
Au-delà de la grande figure de Judith Butler, emblématique de la gauche juive antisioniste américaine, Eva Illouz a jugé nécessaire de généraliser sa critique aux trente dernières années de l’université nord-américaine, à la recherche de ce qu’elle appelle ailleurs l’« inconscient culturel » (Marianne, 21 octobre 2024) qui explique selon elle la « haine vertueuse » d’Israël, et donc des juif·ves. Il est inutile de s’acharner sur le « Tract » dans lequel elle a développé une analyse dont le confusionnisme historique et théorique, le vide propositionnel et l’absence totale de prise en considération du carnage alors en cours à Gaza – relégué de facto au rang de simple prétexte à l’antisémitisme– laissent un sentiment d’irrémédiable. Si ce texte mérite l’attention au titre de naufrage intellectuel, son principal intérêt réside dans le fait qu’il expose clairement l’ensemble des gestes argumentaires communs à tous les défenseurs du sionisme réellement existant, d’autant plus que cette défense s’énonce au nom des « juif·ves de gauche » ou des « sionistes de gauche » (nous y reviendrons dans le second volet de cet article).
Entre champ proprement universitaire et milieu militant organisé, ces débats ont pris des dimensions plus ouvertement politiques encore à travers les interventions de certaines figures publiques. On pense, entre autres, à la rabbin et autrice Delphine Horvilleur, au dessinateur Joann Sfar ou au politiste Denis Charbit, qui ont multiplié les interventions dans les médias. La conférence intitulée « La République contre l’antisémitisme », organisée à l’Institut français de Tel-Aviv le 21 avril 2025, en fournit un bon condensé, qui réunit, sous le patronage de l’ambassadeur de France en Israël, huit personnalités « juives de gauche » : outre les précités Horvilleur et Sfar, le philosophe Raphaël Enthoven, les avocats Patrick Klugman, Richard Malka et Pierre-François Veil, ainsi que le PDG d’Editis Denis Olivennes. Cette conférence fut un moment de tribune politique à part entière, puisque son objectif principal n’était autre que la dénonciation de l’« antisémitisme » de la France insoumise et de « l’extrême gauche » (mentionnées à plus de cinquante reprises au cours de la soirée).
Au terme des deux heures d’échanges, « Gaza » et ses « souffrances » n’auront été mentionnés qu’une seule fois, les deux autres occurrences intervenant au cours de l’ardent plaidoyer de Raphaël Enthoven contre l’emploi du terme « génocide » (« on invente un génocide imaginaire ») ; « Palestine » l’aura été une fois, et « Palestiniens » deux fois, dont une dans une réponse à une courageuse question – après une heure et quarante-cinq minutes de discours des invité·es – d’un membre de l’assistance soucieux de rappeler l’indifférence du pouvoir israélien tant au sort des otages qu’aux souffrances des Palestiniens à Gaza et en Cisjordanie. Ce même 21 avril 2024, pourtant, dix-sept Palestinien·nes étaient tué·es à Gaza dans des bombardements israéliens ; la veille, au moins vingt-cinq ; l’avant-veille, au moins cinquante-quatre ; le 18, quinze, dont dix membres d’une même famille…
Comme on l’a noté à propos du « Tract » d’Illouz et de l’appel à la gauche globale, les Palestinien·nes, leur survie et leur mort en masse, n’existent que comme figurant·es d’un « contexte » recodé en prétexte à une « haine » antisémite présumée toujours déjà sous-jacente. Pour les participant·es de la conférence de Tel-Aviv, Patrick Klugman ou Joann Sfar par exemple, pas de place pour le doute : « on sait très bien ce qu’il y a derrière [la solidarité du collectif Palestine vaincra] » et ce qui est « caché derrière chaque critique possible [d’Israël] ».
Une indéfinition bien commode
Quant à la confrontation sur le terrain proprement politique au sein de la gauche, elle a été prise en charge par un ensemble de micro-organisations se définissant elles-mêmes comme « juives de gauche » : Golem, le Réseau d’action contre l’antisémitisme et le racisme (RAAR) et les Juives et Juifs révolutionnaires (JJR), créées respectivement en 2023, 2021 et 2015.
L’argument central de leur démarche tient à ceci : la gauche serait au mieux défaillante sur la question de l’antisémitisme, notamment dans le cadre de la solidarité avec la Palestine depuis octobre 2023 ; par son incapacité à reconnaître le problème, elle favoriserait à la fois une rupture dans les luttes antiracistes et une résurgence de l’antisémitisme, quand elle n’est pas, au pire, antisémite elle-même. Or, l’antisémitisme, toujours selon le même argument, est l’archétype même de la régression complotiste qui détourne la gauche de sa nécessaire critique systémique du capitalisme, l’éloigne des tâches de construction du mouvement social et l’entraîne vers des alliances contre-nature, voire mortifères.
La mouvance des « juif·ves de gauche » ne propose donc rien de moins que la refondation d’une gauche guérie de ses « ambivalences », errements et compromissions « antisémites ». À cette fin ambitieuse déclarée, « les juif·ves de gauche », et notamment l’ubiquitaire « formateur » en lutte contre l’antisémitisme, Jonas Pardo, se sont efforcés d’agir sur trois fronts. Le premier est celui du mouvement de solidarité, qu’il s’agit de « former » et d’« instruire », parce qu’il ignore la « complexité » de la question israélo-palestinienne, de l’histoire du sionisme, et qu’il est trop « romantique », obsessivement « simpliste », « fétichiste », inconscient des implications de ses slogans. Le second est celui de la gauche politique car, pour reprendre les mots de Pardo, « la gauche, c’est la honte, franchement enfin moi franchement […] même moi j’ai honte de la gauche ; le déni de l’antisémitisme qui s’est rigidifié au fur et à mesure des années […] on a vu en fait la gauche se réfugier derrière une espèce de paravent qui est que l’antisémitisme n’est qu’une instrumentalisation des droites pour nous discréditer2. » Il s’agit donc de fractionner la gauche afin de « rattraper » celles et ceux qui peuvent encore l’être3, d’une part, et, d’autre part, d’isoler et marginaliser sa composante rédhibitoire, à savoir la France insoumise.
Un thème central ici est celui du complotisme en tant que vecteur par excellence de l’antisémitisme. La thèse n’est certes pas nouvelle, l’imaginaire du « complot juif » ayant déjà une longue histoire. Un problème de taille surgit toutefois avec l’indéfinition de ce motif du complot et l’illimitation qui en résulte. Pardo avance par exemple que tout complot supposé et, plus génériquement encore, toute focalisation sur un « petit groupe » soupçonné d’être capable de manipuler le monde et d’en causer les malheurs signifient que, « voilà, on est presque dans l’antisémitisme4 ». Les complots existent pourtant, et tous les imaginaires complotistes ne visent pas les juif·ves. Mais c’est l’indéfinition militante qui préoccupe ici : presque ouvre la voie à toutes les allégations, à toutes les surenchères interprétatives. Presque promet un antisémitisme s’insinuant partout, tout le temps, même là où il n’est pas, et pouvant alors être dénoncé à l’infini comme mal ubiquitaire, parce qu’« on sait très bien » d’avance ce qui est « caché derrière » quelque prise de position que ce soit en faveur de la question palestinienne. Il faut noter l’ironie involontaire de ce presque : il invite l’imaginaire complotiste par ailleurs si vigoureusement dénoncé, en injectant une dose massive de suspicion d’arrière-pensées et de projets aussi occultes qu’inavouables.
Toutefois, presque ne relève pas de la simple approximation passagère. La question de la définition de l’antisémitisme est depuis bientôt une trentaine d’année l’enjeu de batailles politiques et institutionnelles incessantes5. Les nombreuses controverses autour de la définition – ou de l’absence de définition – pro-israélienne de l’antisémitisme promue par l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (IHRA), assortie de onze exemples (dont sept concernent Israël), n’en sont que la manifestation la plus notoire. Dans son rôle de directrice générale du ministère israélien des Affaires stratégiques, dédiée à la lutte contre le mouvement Boycott, désinvestissement et sanctions (BDS), Sima Vaknin Gil recommandait « un haut degré d’ambiguïté » en réponse à la question de savoir en quoi consistait la « délégitimation d’Israël ». Comme le souligne Sylvain Cypel, « l’absence de définition de la cible permet de la déterminer selon les besoins6 ».
L’indéfinition de l’antisémitisme possède donc un caractère stratégique. Elle dispose d’un autre allié crucial, à savoir l’accusation de « déni ». Comme les complots, les dénis existent bel et bien : celui du réchauffement climatique est une activité propagandiste bavarde, avérée et organisée ; le déni du racisme (qui inclut l’antisémitisme) ne trompe personne, notamment lorsqu’il vient de partisans et de responsables de politiques racistes (à l’occasion, organisateurs de manifestations « contre l’antisémitisme »). Dans le cas présent, cependant, l’imputation de déni repose une fois encore sur l’attribution d’une présence cachée derrière, et d’autant plus avérée qu’elle est absente. L’antisémitisme peut être diagnostiqué comme refoulement toujours déjà en travail (ou presque) : présence certaine inconsciente, ou intentionnellement dissimulée, derrière l’opposition au projet sioniste historique et à l’ensemble des rapports de force internationaux qui en garantissent l’impunité vitale. Le « déni de l’antisémitisme », érigé en symptôme d’un « inconscient culturel » antisémite, promet l’exactitude du diagnostic à qui décide d’en énoncer le constat. Peut alors s’opérer un autre déni, massif celui-là, de toute la situation réelle en cours, dénoncée dans les rues et les instances internationales, mais dont la vérité profonde résiderait dans le corpus historique des mensonges et hallucinations antisémites les plus sordides. Refuser une telle imputation et ses présupposés, la dénier, c’est toujours déjà faire partie du problème et en incarner de facto l’actualité et la prégnance.
Mauvais·es juif·ves
Le troisième front est celui de la lutte contre les milieux de juifs et juives de gauche antisionistes et décoloniaux, inscrit·es dans l’héritage d’une longue tradition de radicalité politique. Associés à la mouvance constituée autour du QG décolonial et de Paroles d’honneur, l’Union juive française pour la paix (UJFP) et Tsedek ! Collectif juif décolonial, sont donc, pour les « juif·ves de gauche », ces ennemis qu’il s’agit de frapper de disqualification irrévocable. Dans un entretien de 2021, les JJR affirmaient que l’UJFP est « un exemple caricatural de ces juifves de caution qui servent la soupe aux antisémites en France et qui finalement portent eux-mêmes un discours antisémite d’une rare violence envers la communauté juive et sa lutte pour l’émancipation ». L’historien Robert Hirsch, cofondateur du RAAR, considère que « l’UJFP et Tsedek ! participent d’une offensive idéologique qui vise à relativiser le rôle de la Shoah dans la conscience du monde et dans la construction d’un front solidaire antiraciste et antifasciste, qu’ils contribuent à diviser7 ». De son côté, Sender Vizel, de Golem, explique que « l’UJFP publie des textes antisémites tous les deux ou trois mois, avec des trucs vraiment inacceptables8 ». Jonas Pardo et Samuel Delor reprennent ces motifs dans un chapitre de leur Petit manuel de lutte contre l’antisémitisme (Éditions du Commun, 2024).
On retrouve ici le registre de l’ancienne détestation sioniste du « mauvais juif » et son acharnement contre le « juif de négation », le juif « autophobe », voire le « juif kapo » (gardien de camp de concentration nazi), ou encore le « juif, mais pas trop » (Franc-Tireur, 11 décembre 2024). Jonas Pardo, tout comme le site ardemment sioniste Akadem9, complète cette liste de mauvais juifs d’une figure empruntée à Hannah Arendt : le « juif d’exception », autre version du « traître » domestiqué, soucieux de se conformer aux attentes des classes dirigeantes antisémites pour devenir leurs « bons juifs » (ou « juifs de service », « house Jews »). Akadem ou les « juif·ves de gauche » seraient alors les vrai·es persécuté·es, parce qu’ils refusent la compromission, et les vrais anticonformistes. On ne voit cependant pas bien auprès de quels représentants de la domination sociale et symbolique l’UJFP ou Tsedek ! voudraient faire « exception »10. Ce que l’on connaît, c’est, tout au contraire, l’exclusion dont l’UJFP et Tsedek ! ont récemment fait l’objet. En janvier 2025, le réseau European Jews for Palestine (EJP), dont, avec vingt autres, ces collectifs font partie, « a été la seule organisation à se voir refuser l’accès à la Conférence sur la mémoire de l’Holocauste organisée par la Commission à Bruxelles, et ce, malgré plusieurs demandes écrites, dont une directement adressée à [Katharina] von Schnurbein [coordinatrice de la Commission pour la lutte contre l’antisémitisme] en réunion. Quelques dizaines d’organisations juives, toutes sionistes, y étaient présentes. De même, en avril 2025, ni l’EJP ni ses sections nationales n’ont été invitées au Forum annuel de la société civile sur la lutte contre l’antisémitisme et la promotion de la vie juive. Pourtant, cet événement se veut inclusif, réunissant plus de 250 organisations européennes, selon la Commission11. » Mme Schnurbein aurait déclaré, à propos de Tsedek !, que « ce ne sont pas de vrais juifs ».
Il est à noter qu’Hannah Arendt, à qui l’on prétend aujourd’hui emprunter l’expression « juifs d’exception », fit elle-même l’objet d’une hostilité comparable. Comme l’explique l’historienne Idith Zertal, Arendt fut en effet la cible d’impitoyables campagnes de dénonciation sionistes après la parution, en 1963, de son Eichmann à Jérusalem. Diverses organisations se déchaînèrent contre son livre ; un journal français se demanda, en gros titre, si la philosophe était nazie ; on lui diagnostiqua une « haine de soi débridée », et la romancière Cynthia Ozick alla jusqu’à tronquer une citation pour faire dire à Arendt qu’elle « n’aimait pas les juifs ». Dès lors, et après les attaques dirigées contre diverses organisations juives antisionistes, mais aussi contre diverses personnalités juives, intellectuelles et artistiques, la revendication « juive de gauche » de l’héritage d’Hannah Arendt semble en l’occurrence affranchie de tout scrupule. Quoi qu’il en soit, ces manœuvres poursuivent une longue tradition de sionisme antisémite, dénonciateur de celles et ceux qui ternissent la cause, autrement dit, producteur de ses propres « sales juifs ». Les organisations juives antisionistes américaines en ont, elles aussi, été la cible12, de même que les militant·es socialistes et anticolonialistes juif·ves du Parti travailliste britannique, suspendu·es et exclu·es en grand nombre depuis l’arrivée à sa tête de Sir Keir Starmer, non-juif se définissant comme « sioniste sans nuance » et entouré d’organisations inconditionnellement pro-israéliennes.
Le non-sujet du sionisme
Avant d’en venir à la trame argumentaire de cette offensive et à son socle de présupposés, trois observations paraissent nécessaires. La première concerne l’identité politique de ces organisations ; la seconde, le profil de leurs relais ; la troisième, leur fonction ou leur rôle, au-delà de leur programme effectif. Commençons donc par un motif de surprise : les « juif·ves de gauche » ne veulent se définir ni comme antisionistes ni comme sionistes.
À leur fondation, les organisations politiques ne sont jamais avares de ces gestes inauguraux destinés à indiquer une provenance et à faire entendre une fidélité qui leur assure une place légitime dans une histoire profonde, théorique et militante. Or, jusqu’ici, le RAAR, les JJR et Golem se sont montrées étonnamment peu enclines à affirmer une quelconque part de l’héritage très divers de cette radicalité juive si bien étudiée par l’historien Enzo Traverso13. Toujours est-il que les « juif·ves de gauche » rejettent le mot « sionisme », trop « polysémique14 » à leurs yeux. Les JJR, dans un entretien de mai 2019 pour Ballast, bredouillaient : « Nous sommes […] contre le sionisme mais ne nous définissons pas comme “antisionistes” ». On doit renoncer ici à démêler la confusion des explications proposées.
Cet « a-sionisme » est un autre refus de définir dont il faut apprécier la commodité pour les « juif·ves de gauche ». Un tel neutralisme factice permet une suspension apparente de la question du sionisme dans un moment où celui-ci achève de sombrer dans un abîme de discrédit. Or, s’il faut pouvoir rester audible au sein de la gauche pour espérer y concurrencer et en éliminer l’UJFP, Tsedek ! ou des personnalités telles que Rony Brauman, il paraît urgent de laisser le sionisme fièrement affirmatif à Nous vivrons, à l’Union des étudiants juifs de France (UEJF), au Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) ou au grand rabbin Haïm Korsia, qui souhaite voir Israël « finir le boulot ». Ceux-là ont le mérite bien compris d’assumer pleinement le fait que, loin de toute « polysémie », il existe bel et bien un sionisme hégémonique, fanatiquement colonial, ethnoreligieux et fascisant.
Ce sionisme réellement existant, nettoyé du moindre fard social-démocrate depuis le document programmatique « A Clean Break: A Strategy for Securing the Realm », rédigé en 1996 par Richard Perle et Benjamin Netanyahou, s’est enraciné avec l’assassinat de Yitzhak Rabin (novembre 1995), la liquidation des accords d’Oslo et la reconnaissance du fait accompli colonial en Cisjordanie par le président George W. Bush en 2004. S’y pratique couramment à présent la langue du nettoyage ethnique et du génocide, comme n’ont cessé de le documenter chercheurs et chercheuses, magistrats et magistrates. En cela, le gouvernement israélien de 2023-2026, loin d’être un dévoiement fasciste tardif de la « seule démocratie du Moyen-Orient », n’est que la pire explicitation à ce jour du projet sioniste en tant que projet foncièrement expansionniste. Si la chose peut simplifier la tâche aux « a-sionistes » troublés par la « polysémie » de « sionisme », il pourrait être avisé de retourner voir les images d’archives utilisées par Amos Gitaï dans Le Dernier Jour d’Yitzhak Rabin (2015). À une foule enfiévrée, scandant « Dans le feu et dans le sang, nous chasserons Rabin ! », « Mort à Rabin, mort à Rabin ! », Benjamin Netanyahou adresse ce message : « Notre alternative a un nom : cela s’appelle le sionisme. Voilà notre alternative : le sionisme ! »
La revendication d’« a-sionisme » permet, en outre, de s’épargner un détour par une histoire des sionismes minoritaires : sionismes « traîtres », submergés par la raison d’État coloniale historiquement inscrite dans le sionisme primitif ; sionismes « humanistes », dont les contradictions et certaines visées utopiques auront certainement contribué à l’émergence des judéités antisionistes contemporaines. Uri Eisenzweig ou Shlomo Sand ont récemment proposé des analyses indispensables de ces courants valant aujourd’hui comme autant de trahisons antipatriotiques et antisémites15.
Ce double contournement de la question du sionisme – non pas comme « polysémie », mais bien comme histoire – est porteur d’un implicite clair : le sionisme n’est pas, et ne doit pas être, le sujet. Le sionisme n’est et ne doit être responsable de rien. On peut donc l’exfiltrer sans peine de la discussion. Nul besoin, alors, de se poser la question de la nature conjoncturelle, ou structurelle, du sionisme réellement existant ; du gouvernement israélien actuel comme dévoiement, ou comme aboutissement, d’une trajectoire historique profonde. Enfin délesté de cet embarras, on peut déplorer la malfaisance du Premier ministre actuel, dont on oublierait presque la consubstantialité avec toute la trame idéologique et politique du pouvoir israélien depuis au moins trente ans, dont le paysage de Gaza en 2026 donne désormais à voir l’aboutissement ultime.
La sauvegarde sioniste « a-sioniste » du sionisme hégémonique par les « juif·ves de gauche » ne se caractérise ni par la nuance, ni par la discrétion, et moins encore, par la « complexité ». Mais, sur fond d’offensive génocidaire, il faut en passer par là pour tenter de soustraire la question d’Israël et du sionisme au terrain de la discussion. On pourra alors d’autant mieux dénoncer « l’antisémitisme d’où qu’il vienne » – slogan de la décontextualisation agressive de la question de l’antisémitisme quand ladite question est étroitement déterminée par une politique israélienne menée au nom des « juif·ves » annexé·es à « l’Occident » et à ses « valeurs », et par un État dont une raison d’être était la fin de l’antisémitisme historique. Comment prétendre aborder la question de l’antisémitisme sans commencer par reconnaître la nocivité des usages qui en sont faits ?
Endiguer la gauche
La radicalité revendiquée des « juif·ves de gauche » présente un tour un peu paradoxal au regard des principaux canaux de son expression. Certes, les organisations communiquent par le biais de leur site respectif – un blog de Mediapart également, dans le cas des JJR – et de tribunes ou d’entretiens accordés à des médias situés à gauche, tels que L’Humanité, Ballast, CQFD ou Regards. Le paradoxe ne tient évidemment pas à la représentation des « juif·ves de gauche » dans des médias de droite, mais à la bienveillance de l’accueil que ces derniers réservent à une expression souvent présentée comme étant « de gauche », et même « d’extrême gauche ».
Diverses prestations de Jonas Pardo, figure la plus en vue de cette mouvance, en sont une bonne illustration. Le « formateur » a pu présenter son analyse des « dénis » et de l’« évacuation » de l’antisémitisme à gauche, par la gauche, dans Le Point (« Antisémitisme : “Aujourd’hui, on ne peut plus défendre Mélenchon” », septembre 2023), dans L’Express (« Jonas Pardo : “Sur l’antisémitisme, le NPA m’inquiète moins que LFI” », juin 2024), dans Tribune juive (« Jonas Pardo. Du silence à la lutte contre l’antisémitisme : le tournant d’un juif de gauche radicale », novembre 2022), sur Europe 1 (« Des formations contre l'antisémitisme, un moyen de lutter contre ce fléau dans la société ? », novembre 2023), ou dans le cadre d’une table ronde organisée par Le Figaro, avec Rudy Reichstadt – lui-même contributeur régulier du magazine Franc-Tireur, aux côtés de Caroline Fourest et de Raphaël Enthoven, deux des négateurs les plus forcenés du génocide en Palestine.
On aura rarement eu l’occasion d’observer une telle prévenance de la part de médias de droite envers un·e militant·e antiraciste « d’extrême gauche ». À n’en pas douter, les attaques systématiques de ce porte-parole des « juif·ves de gauche » contre la force de gauche la plus en vue méritaient bien quelques égards. Une partie de la presse réactionnaire aura peut-être marqué, par ces aimables dispositions, sa reconnaissance du rôle que les « juif·ves de gauche » avaient à jouer au sein de la gauche.
Ce qui nous amène à une troisième observation, concernant la visée même de ce programme d’action, dont on doit à Yonathan Arfi, président du CRIF, une synthèse ex post particulièrement opportune. Invité sur RCJ en juin 2025, il déclarait en effet : « Ce qu’il faut poursuivre, c’est le travail de marginalisation de la France insoumise. Ce travail doit s’opérer au sein de la gauche. Notre responsabilité […] c’est de rappeler la gauche républicaine à ses responsabilités. Elle a aujourd’hui un besoin clair, celui de démélenchoniser la gauche comme la gauche anglaise s’est décorbynisée. »
Le choix des termes et la référence à l’expérience du Parti travailliste britannique entre 2015 et 2019 pourraient difficilement être plus à propos. Le rappel par M. Arfi du sabotage de la gauche travailliste a le mérite d’attirer l’attention sur la grammaire commune aux hostilités contre les gauches apparues en France et outre-Manche au cours des années 2010. Dans les deux pays, le commentariat politique et médiatique a voulu faire d’elles les nouveaux réceptacles politiques de l’« extrémisme » « islamo-gauchiste » et d’un « antisémitisme » propalestinien. Outre-Manche, cependant, l’opération d’endiguement a été due avant tout à ce travail militant opéré « au sein de la gauche », syndicale (dans l’enseignement supérieur) puis politique. En 2015, revenant sur les longues procédures judiciaires (2008-2013) contre le University and College Union (UCU), syndicat de l’enseignement supérieur accusé d’« antisémitisme institutionnel » pour son engagement dans la campagne de boycott d’Israël, l’un de leurs principaux instigateurs, Jeremy Newmark, expliquait : « Nous avons construit un discours politique efficace, ancré dans le terrain politique de la gauche et déployé dans sa propre arrière-cour16. »
La même campagne s’est ensuite tournée contre le Labour, dirigé par la gauche à partir de septembre 2015. Des organisations ont été créées (Labour Against Antisemitism, début 2017) ou restructurées (le Jewish Labour Movement, en 2015-2016) pour agir en interne contre la nouvelle direction et l’« antisémitisme institutionnel » au sein du parti. Outre les épisodes ponctuels d’accusations abondamment relayées, le motif du « déni » est venu occuper une place centrale dans cette campagne.
La séquence britannique a connu une issue particulièrement instructive depuis octobre 2023. Après avoir « décorbynisé » le Labour, ces exemplaires militant·es « de gauche » en lutte contre l’antisémitisme et le racisme sont apparu·es, en 2024 et jusqu’en juin 2025, aux côtés du président Isaac Herzog, dont certaines déclarations ont permis de caractériser l’intention génocidaire de l’offensive israélienne. Mieux encore : David Mencer, stratège en communication d’Israël et, depuis 2024, porte-parole officiel du gouvernement israélien en Grande-Bretagne, a été, de 1998 à 2004, directeur du groupe des Amis travaillistes d’Israël (Labour Friends of Israel).
Pour les « juif·ves de gauche », défenseur·ses « a-sionistes » du sionisme au sein de la gauche, les précédents exemplaires ne manquent donc pas. M. le directeur du CRIF ne parlait pas à la légère. La stratégie qu’il défend fait écho aux préconisations émises dans les rapports du Reut Institute, think tank israélien créé en 2004 pour mener la lutte contre la campagne BDS, le recul de la loyauté à l’égard d’Israël au sein de la jeunesse juive et le progressisme antisioniste17. Dans son rapport de 2010, le Reut Institute considérait que la capitale britannique était devenue la « plaque tournante des plaques tournantes », ou encore la « Mecque de la ”délégitimation” » d’Israël. Par conséquent, « du fait de son influence sur l’attaque globale contre la légitimité d’Israël, Londres occupe une place centrale dans cette lutte. Pour l’emporter, il est impératif de réussir là-bas. » « Le réseau qui prend forme à Londres afin de combattre la délégitimation ne sera pas seulement testé localement, mais doit être partie intégrante d’un réseau anti-délégitimation dont les autres centres devraient inclure la baie de San Francisco, Madrid, Paris, Toronto, Bruxelles et Johannesburg18. »
Avec l’implication directe et explicite de la mission diplomatique israélienne (dont « la tâche, selon ce même rapport, devrait être de faire sortir l’ennemi du bois »), la stratégie dirigée contre Londres, capitale de la solidarité « rouge et verte » (comprendre : islamo-gauchiste) propalestinienne, comporte de nombreuses « directives ». On en retiendra ici les trois exemples suivants : « Il faut “tous les instruments de l’orchestre” pour gagner ce combat, de la droite à la gauche politiques. Ce principe nécessite que l’on accepte le paradoxe selon lequel plus une voix de gauche est critique contre la politique israélienne, plus est crédible sa position contre la délégitimation. Dit simplement, les voix les plus efficaces contre la délégitimation d’Israël viennent de la gauche » ; « Œuvrez en coulisses, par exemple en faisant appel à des personnalités influentes pour coordonner le travail de mobilisation sur les campus » ; « Impliquez-vous activement dans les milieux de centre gauche et de gauche. Ceux-ci représentent le champ de bataille entre Israël et ses alliés, d'une part, et, d'autre part, les partisans de la délégitimation » (mes italiques).
Au passage, l’offensive « au sein de la gauche » au nom de la lutte contre l’antisémitisme montrait déjà, elle aussi, une agressivité particulière à l’égard des organisations (Jewish Voice for Labour et Jewdas) ou des personnalités juives antisionistes (le poète Michael Rosen ou le fondateur de l’organisation socialiste Matzpen, Moshé Machover, entre autres), pour les discréditer et/ou pour les « insonoriser » (comme ce fut le cas pour l’historien Avi Shlaim).
S’il s’agit ici du cas britannique, et du cas britannique seulement, chacun·e comprendra l’intérêt du précédent qu’ont constitué ces campagnes menées contre la gauche syndicale puis politique.



